Chaque jour de dix années
Il est peu aisé de prendre du recul après seulement dix ans d’existence.
Lorsque Tulay Ng Kabataan fut officiellement fondé en mai 1998, nul n’aurait pu deviner à travers quelle suite de péripéties, d’adversité, la fondation devrait se frayer un chemin et finalement survivre, se développer, pour le bien des enfants les plus pauvres. Certains considèreront comme de l’inconscience le fait de s’en remettre constamment à la Providence pour répondre aux besoins de chaque jour.
Pourtant, cet abandon essentiel n’a jamais déçu. Lorsqu’il s’agit de répondre à des attaques virulentes de l’extérieur, à des trahisons de l’intérieur, le miracle a toujours surgi pour aider à ne pas perdre confiance et pour continuer à prendre des risques avec sagesse. En regardant en arrière, le chemin parcouru ne cesse de surprendre, de donner le vertige. Tout s’est construit peu à peu, grâce aussi à l’éclairage des erreurs commises. Chaque jour, il faut compléter, corriger, améliorer, inventer, non pas pour un succès humain et mondain mais pour un service médiocre des enfants. Le nombre de centres, de maisons, de programmes, d’employés, d’enfants ne cesse d’augmenter. Cela ne dit rien de la qualité qui, elle, ne dépend pas des chiffres mais de la bonne volonté et du souci du devoir d’état de tous ceux qui ont à cœur de consacrer leur temps et leurs forces pour ces plus pauvres parmi les pauvres .
Il ne s’agit point de se tresser des lauriers, qui seraient vite fanés, mais de rendre grâce pour le travail accompli par tant de personnes, pour le changement de vie de tant d’enfants et de jeunes qui ont su saisir la chance offerte sur leur passage. Surgissent, du milieu des souffrances et des deuils de cette décennie, les victoires de ceux qui ont pu décrocher des vices de la rue, les sourires de ceux qui n’avaient connu que tristesse et désespoir. Cela suffit pour se dire, humblement, que l’œuvre de la fondation ne fut pas vaine, bien qu’imparfaite. Très souvent, au cours de séjours français, une question est posée : « Alors mon Père, combien de médecins, d’avocats, de professeurs parmi ces anciens de la fondation ? -Aucun ».
En revanche, qui peut compter les âmes pansées, les esprits consolés, les corps soignés, l’amour donné ? Chaque progrès, même le moindre, pour chaque enfant, est un pas de géant. Quant à ceux qui ont disparu dans la nature, n’ayant jamais pu se stabiliser, ils ne seront pas repartis le cœur vide. Ce qui y fut semé pourra y croître, un jour, au moment nécessaire. Cela ne nous appartient pas. Grâce à vous, chers bienfaiteurs et donateurs, Tulay Ng Kabataan pourra poursuivre sa tâche pendant quelques années encore, un jour de plus, et puis un autre…Chaque jour se suffisant à lui-même, tout habité par Celui qui le crée. Exprimons notre gratitude pour ce qui a été donné et ne nous lassons pas de donner davantage.
P. Jean-François Thomas S.J - Directeur de la fondation
Mai 2008



