Macky

Les larmes de Macky

Macky a aujourd’hui 14 ans. Il y a 6 ans, il rencontrait pour la première fois dans la rue les éducateurs de la fondation. Il passait alors une partie de la nuit à ramasser les légumes abandonnés par les marchands nocturnes de Divisoria, un des plus grands marchés de Manille, pour les revendre à un prix misérable et récolter tout de même quelques pesos pour subvenir à ses besoins ainsi qu’à ceux de son père. Depuis le décès de sa maman, dont il a peu de souvenir, il vivait avec lui, à deux pas du marché, dans une petite masure construite avec quelques morceaux de bois et quelques tôles.

Mais Macky préférait traîner au marché parce que la maison " c’était l’enfer " : son papa oubliait la solitude dans l’alcool et son fils était alors la première victime d’une violence qu’il ne contenait plus. Bien souvent Macky n’osait plus rentrer le soir chez lui de peur d’être encore battu sans raison et il s’endormait éreinté dans un coin du marché.

En septembre 1999, Macky a rejoint les autres enfants de la fondation et a commencé au centre d’accueil le laborieux processus de stabilisation pour lui permettre de retourner à l’école. Les débuts furent bien difficiles et tout pour lui semblait devoir se faire dans l’excès, que ce soient des éclats de rire excentriques ou des bagarres systématiques pour des queues de cerises ; reflets du conflit permanent dans lequel son père l’avait habitué à vivre. Mais peu à peu, malgré l’un ou l’autre départ du centre, il s’est apaisé et a pu entamer une formation professionnelle en menuiserie qu’il poursuit aujourd’hui encore avec application.

L’an dernier, son papa est décédé et Macky s’est confié à un éducateur : Tu sais ce que je veux ? Et bien, je voudrais vraiment dire à papa que je lui pardonne, mais je ne sais pas comment faire et comme en plus il n’est plus là… Et si tu lui écrivais un mot ? Macky a pris son stylo et s’est mis à écrire sur un bout de papier blanc : "Mon cher papa…", puis il s’est arrêté et a versé de chaudes larmes… Comme disait Ernest Hello : "les larmes disent des secrets que la parole ne peut dire."

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